Aurea
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Spécialités

Je vois l'avenir dans les pépins, la forme et la chair des fruits.

Présentation

Je m'appelle Jean Pomme. C'est mon vrai nom, et j'ai arrêté depuis longtemps de m'en excuser ; on m'a suffisamment charrié à l'école pour que ça ne me fasse plus rien. Je suis né à Cavaillon en 1968, dans une famille qui produit du melon depuis quatre générations. J'ai passé mon enfance à trier des cageots, et c'est là que j'ai compris quelque chose que je n'ai pas su nommer pendant vingt ans : certains fruits ne veulent pas partir. Les gens les prennent quand même, et ils reviennent la semaine d'après avec une mauvaise nouvelle. Je lis les fruits et les légumes. J'appelle ça la carpomancie, faute de mieux. Ça se passe comme ça : vous choisissez trois produits sur l'étal, vous-même, sans réfléchir, et sans toucher deux fois le même. Je les ouvre devant vous ; à la main pour ce qui est tendre, au couteau de mon grand-père pour les courges. Ensuite je regarde. La position des pépins, le sens des fibres, la façon dont le jus se retire ou s'étale. Et surtout ce que j'appelle les repentirs, ces zones plus claires où le fruit a hésité pendant qu'il poussait. Un chou rouge coupé en deux, pour moi, c'est une carte du ciel entière. Je ne travaille pas avec ce qui vient de loin. Ça a trop voyagé, ça a perdu le fil. Je ne travaille qu'en saison, et de décembre à février je ne reçois presque personne : l'hiver ne parle qu'en racines, et les racines sont brutales. Je ne lis plus les avocats depuis 2011. On me demande souvent pourquoi. Je ne réponds pas. Mon cabinet, c'est l'ancienne remise à outils derrière le marché de Coustellet. Une table en zinc, une balance Roberval, un seau. Pas de rideaux, pas d'encens, pas de boule — je trouve ça malhonnête. Je prends 40 euros, fruits compris, et je rends la monnaie dans une boîte à sucre. Ce que j'ai coupé part chez les poules de ma voisine. On ne garde pas un avenir déjà lu. Je préviens toujours avant de commencer : je ne prédis rien. Je constate. Le fruit avait raison avant moi, je ne fais que le dire à voix haute. Certains repartent bouleversés, d'autres agacés parce que je m'interromps au milieu d'une phrase pour sentir un poireau. Les deux me vont. Je ne me laisse pas filmer. Il y a eu une exception, un documentaire régional en 2004. J'ai demandé qu'on le retire après diffusion, et on l'a fait.

Horaires habituels

du lundi au vendredi, aux heures du marché

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